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Méditations sur le thème de l’année

2025-2026: «À vous d’en être les témoins.»

Un frère prêcheur au service de tous
Fr. Joseph de Almeida Monteiro, op (interview par fr. Lucas Onana, op)

Bonjour frère Joseph, peux-tu te présenter en quelques mots à ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Bonjour, je suis frère Joseph de Almeida Monteiro. Je suis né au Portugal où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 21 ans. J’ai connu l’Ordre dominicain à Paris en 1981 et je l’ai rejoint en 1983. Je suis fils et membre de la province dominicaine de France. J’ai passé pendant toutes ces années en France avec une parenthèse au Brésil entre 1995 à 1999. J’ai assumé plusieurs missions aussi bien dans l’Ordre que dans la vie paroissiale : entre autres la responsabilité de la paroisse du saint Nom de Jésus à Lyon ; celle de l’aumônerie des communautés portugaises, la pastorale (mission) étudiante, celle de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. Pour plusieurs raisons, j’ai assumé un semestre d’enseignement à l’université catholique de Lyon et également le secrétariat général de la province dominicaine de France. Depuis un an, je suis vicaire à la paroisse saint Paul de Genève, une paroisse confiée aux soins pastoraux des frères dominicains. Au cours de ces années de vie dominicaine, j’ai assumé très souvent la charge de bibliothécaire, notamment à Strasbourg, à Dijon, à Tours, à Lyon et in fine à Paris à la bibliothèque du Saulchoir. Je l’assume également au couvent de Genève. C’est une constante de ma vie dominicaine et mon goût pour le livre me fait assumer une telle charge avec joie.

Est-ce qu’il y a un auteur qui t’a particulièrement marqué ?
Je dois dire qu’il n’y a pas qu’un auteur spirituel mais plusieurs qui m’ont marqué durant ces années. Tout d’abord, il y a la figure de saint Dominique qui a été l’élément déclencheur car je recherchais une vie à la fois contemplative et apostolique. J’étais surpris qu’il ne soit pas très connu. Ensuite, il y a les auteurs du Carmel et Cisterciens que j’ai fréquentés. Je n’oublie pas les auteurs dominicains comme Catherine de Sienne et Maître Eckhart. Enfin, je voudrais évoquer la figure de Louis de Grenade, un frère dominicain du XVIème siècle qui m’a marqué m’ouvrant ainsi à l’école française de la spiritualité.

Dans quel état d’esprit es-tu au moment où tu es appelé à rejoindre la communauté de la Mission Catholique de Langue Française de Zurich?
L’appel à assurer ce service à Zurich m’a étonné puisque je suis à Genève depuis août 2024. J’ai reçu cette nouvelle mission comme une surprise, un défi mais aussi un appel à un service nouveau qui m’invite à me désinstaller toujours comme frère et fils de saint Dominique. Ma connaissance de l’allemand est limitée. J’ai tout de même fait deux années et demi d’études d’allemand à l’époque où j’habitais encore le Portugal. Je suis dans l’attente de mieux connaitre et servir la Communauté Catholique de Langue Française de Zurich qui a en son sein une énorme diversité. Mon désir est d’être au service de la communion, de la diversité et de l’appel commun à la suite de Jésus-Christ.

Un merci particulier au frère Didier Boillat. Je sais que le frère Didier a beaucoup œuvré à construire cette communion. Je lui suis très reconnaissant de toute ces années qu’il a œuvré à Zurich et j’espère en faire de même. Un travail dans la vigne du Seigneur dans la continuité….

En parlant de la communion et de la continuité de la marche entreprise par la Mission : Quelle est ta vision d’une paroisse vivante aujourd’hui ?
Beaucoup de défis se présentent aux paroisses aujourd’hui…. Elles doivent être des lieux d’accueil pour toutes les personnes qui doivent être reconnues et accueillies. Je dois dire dans ce sens que mon arrivée à Genève a été mon lieu d’atterrissage après la France où j’ai vécu pendant plusieurs décennies. En arrivant à saint Paul de Genève, j’ai trouvé une communauté plus diversifiée que je ne l’avais imaginé par exemple au niveau linguistique. Il me faudra maintenant élargir cette expérience vécue à Genève à la Mission Catholique de Langue Française de Zurich. Je pense que les paroisses ici en Suisse vivent et acceptent davantage de rendre féconde les diversités dans lesquelles nous vivons.

Comme défis, je vois en premier l’accueil des Jeunes Couples qui au-delà de la préparation au mariage doivent être accompagnés afin de découvrir toute la richesse de l’évangile et de la vie chrétienne…

La collaboration entre les fidèles laïcs et les prêtres est une constante dans l’Église notamment depuis le concile Vatican II. Cette collaboration est très active dans le diocèse de Coire dans lequel se trouve le vicariat général de Zurich. Je tacherai de mieux connaître et de faire vivre cette tradition de l’Église de Coire. Le Frère Louis Grenade prônait déjà au XVIème siècle un temps pour les laïcs, et la pratique de l’oraison pour les laïcs. Il avait donc une vision très moderne de l’appel à la sainteté des laïcs.

En quoi ton identité de dominicain influencera-t-elle ta manière d’être au service de la Mission Catholique de Langue Française de Zurich ?
En parlant de notre identité dominicaine au sein d’une paroisse, l’un des défis est déjà de vivre la communion au sein de la communauté dominicaine : vie commune, vie intellectuelle, vie spirituelle et vie apostolique portées ensemble. Ces éléments bien articulés ensemble donnent une couleur propre à notre vie dominicaine même si cela n’est pas toujours perceptible par les personnes qui nous fréquentent. Planifier notamment le programme de la présidence des messes. Le visage de la vie communautaire influence notre prédication.

Un message pour les fidèles ?
Saint Paul soulignait le fait que nous portons un trésor dans des vases d’argile. Souvent lorsque nous prêchons, nous souhaitons que les fidèles puissent prendre conscience de la grandeur de ce don de Dieu. Dans ce sens, mon désir est de faire découvrir la beauté de notre vocation et de communiquer la joie et la beauté de l’évangile. Les laïcs sont une pointe avancée dans le monde de l’Église. J’aimerais dans ce sens, inviter les familles à considérer, à méditer sur l’importance de notre vocation chrétienne et de l’appel inscrit par notre baptême.

En cette année du jubilé sur l’espérance, la qualité de notre accueil est pour tous un témoignage. Être ensemble des témoins pour que toutes les personnes soient accueillies et puissent trouver une place et un chemin de vie. Ce chemin de vie est la mise en œuvre de cette espérance à laquelle le Seigneur nous appelle. Prendre ensemble conscience de l’appel du Christ.

Un témoin de l’évangile de joie sur les chemins du monde
Fr. Viktor Hofstetter op (interview par fr. Lucas Onana, op)

Bonjour Frère Viktor, peux-tu nous dire quelques mots sur l’histoire de ta vocation dominicaine : une histoire particulière ?
Il m’est difficile de dire avec exactitude quelles sont les éléments qui m’ont attiré. L’histoire de ma vocation est assez particulière : étant au collège, j’ai eu un contact grâce à un ami avec un frère dominicain qui était en train de publier une série sur les ordres. Il était également aumônier chez les moniales. Il m’avait donné deux conseils : aller voir sur place avant toute décision et ne pas choisir un ordre connu uniquement grâce aux livres ou qui n’existe pas en Suisse. Après avoir contacté le couvent de Lucerne, j’ai pu passer la Semaine Sainte à Fribourg. J’ai été impressionné par la communauté dominicaine. Les éléments qui m’ont le plus attiré restent un mystère pour moi. La rencontre avec le frère dominicain Dominique Pierre, op qui venait de recevoir le prix Nobel à cause de son travail avec les réfugiés en Europe en fait partie.
Peux-tu nous dire quelques mots sur tes premières années de ministère ?
Je voudrais souligner que j’avais déjà, comme étudiant, un intérêt pour les questions de développement du tiers-monde et pour la paix. Il y avait une possibilité après les études institutionnelles de faire une formation d’où le départ après mon ordination presbytérale pour les USA où j’ai fait ma première expérience pastorale notamment au sein des aumôneries étudiantes, dans les paroisses ayant en leur sein des réalités diverses. J’ai été marqué par la rencontre avec le premier théologien de la libération au sein de l’université qui était protestant et originaire du Brésil. La rencontre avec Gustavo Gutiérrez qui parlait de l’option préférentielle pour les pauvres m’a également façonné. Selon lui, il revient à chacun de discerner où sont les pauvres.
Quelles missions ou paroisses t’ont particulièrement marqué ?
Les rencontres au sein des aumôneries où il y avait le partage de l’évangile et la célébration de l’eucharistie. Il y a eu une chapelle où se tenait des rencontres œcuméniques et interreligieuses.
Expérience aux USA : on proposait l’étude des documents du concile Vatican II avec la création des groupes et des rencontres chez les gens. Cela m’a permis de mieux comprendre les gens.
Il faut enfin noter la conception qu’un curé avait : la considération de la paroisse comme une carrière de talents et le rôle des pasteurs est d’aider ces talents.
Peux-tu nous parler de certains de tes voyages comme socius du Maître de l’Ordre et promoteur des moniales ?
Comme socius du Maître de l’Ordre, j’ai découvert l’universalité de l’ordre. À la suite du travail de plusieurs chapitres généraux et du désir des différents Maîtres de l’Ordre de vouloir intégrer les Moniales dans le projet de l’Ordre et d’avoir un frère qui soit à plein temps pour les moniales, j’ai reçu la charge de promoteur des moniales dominicaines. Ceci m’a permis d’être sur les routes et de visiter les moniales.
La prière, une respiration : en visitant les moniales, j’ai rencontré un jeune qui venait régulièrement prier au monastère car, dit-il « les sœurs m’ont appris comment prier avec les psaumes » uniquement par leur vie.
Rwaza au Rwanda : Les gens se sont réfugiés en pleine guerre au Monastère. J’ai découvert que l’unité de la communauté avait permis de préserver les vies et la dignité des personnes.
Chili : Il y a eu une nouvelle fondation des moniales qui était selon l’évêque un lieu unique de prière. Les sœurs y étaient pour prier : pour le monde, pour les gens, et pour accueillir les personnes fatiguées du chemin.
Au Burundi : Le monastère était comparé à la centrale électrique du diocèse.
Bambui (Cameroun) : Redécouverte du rôle de la vie contemplative.
Japon : La présence des monastères a permis de maintenir la flamme de la foi.
Les différentes visites des monastères éveillent un sentiment en moi : l’Ordre a besoin pour son développement d’être présent avec toutes ces branches. Je pense que le témoignage de moniales est crucial : elles enseignent par la vie quotidienne.
Il est important de comprendre qu’être témoin : c’est vivre la joie de l’évangile. Les différentes visites des monastères et voyages m’ont permis de comprendre qu’un témoin est une personne qui vit et prépare le chemin du Seigneur. Je suis persuadé que la foi chrétienne ne peut pas se vivre sans communauté; la communauté me paraît très importante.
Regard vers l’avenir : Quels sont tes espoirs pour l’Église aujourd’hui et demain ?
Revenir au Christ et partir du Christ car la vie de l’Église, c’est le Christ et non le nombre qui importe. Nous avons besoin en Église d’être tous enracinés en Dieu car comme le disait saint Irénée : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu.
Interview réalisé par fr. Lucas Onana

Saint Maximilien Kolbe: témoin de la foi, martyr de la charité (texte par fr. Lucas Onana, op)

« À vous d’en être les témoins. » (Lc 24, 48)
Le 14 août 1941, dans le camp de concentration d’Auschwitz, un prêtre franciscain polonais offrait sa vie pour sauver celle d’un père de famille. Ce nom, aujourd’hui inscrit au calendrier liturgique, est celui de saint Maximilien-Marie Kolbe. Canonisé en 1982 par saint Jean-Paul II, il est célébré comme martyr de la charité, un titre rare qui résume toute la force de son témoignage.

Un passionné de l’Immaculée
Né en 1894 près de Łódź, en Pologne, Raymond Kolbe entre très jeune chez les Franciscains conventuels et prend le nom de Maximilien-Marie. Animé d’un amour ardent pour la Vierge, il fonde la Milice de l’Immaculée, mouvement apostolique qui veut « conquérir le monde entier au Christ par Marie ». Son zèle missionnaire le conduit jusqu’au Japon, où il crée un centre d’évangélisation à Nagasaki. Journaliste, imprimeur, homme de prière et d’action, il met les moyens modernes de communication au service de l’Évangile.

La lumière au cœur de la nuit
Arrêté par les nazis pour avoir protégé des réfugiés, il est interné à Auschwitz en mai 1941. En juillet, un prisonnier s’échappe du camp. En représailles, les gardiens désignent dix hommes pour mourir de faim. Parmi eux, un père de famille supplie de vivre. Le père Kolbe s’avance et propose de prendre sa place. Durant deux semaines de supplice, il soutient ses compagnons de cellule par la prière, les chants et la paix de son visage. Finalement, il reçoit l’injection mortelle qui achève son offrande.

Une charité qui illumine notre temps
En donnant sa vie « pour un ami » – et plus encore pour un inconnu – Maximilien Kolbe a manifesté l’Évangile jusqu’au bout. Son geste rappelle les paroles du Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Sa foi inébranlable et son abandon à l’Immaculée font de lui un modèle pour notre époque, où le courage de la charité demeure un appel urgent.
Aujourd’hui, saint Maximilien Kolbe nous invite à faire de nos choix quotidiens, petits ou grands, des actes d’amour. À sa suite, demandons à Marie de nous conduire toujours plus près du Cœur du Christ, pour être, nous aussi, témoins de la foi et artisans de charité.

La Parole de Dieu dans la Mission d’aujourd’hui
Frère Adrian Schenker, op (interview par fr. Lucas Onana, op)

Rencontre en ce mois avec le frère Dominicain, exégète reconnu et professeur émérite, le frère Adrian Schenker qui consacre sa vie à faire dialoguer la science biblique et la foi de l’Église. Sa lecture lumineuse de l’Écriture nourrit la mission et la prière de nombreux croyants.

Frère Adrian Schenker, bonjour. Peux-tu nous dire comment est née ta passion pour la Parole de Dieu ?
Oui, quand j’étais jeune ou dans les années de formation avant l’université, j’ai découvert grâce à quelques professeurs très enthousiastes la lecture de différents auteurs modernes et aussi anciens. Ils nous ont introduit dans l’art d’extraire toute une expérience des lectures que nous faisions des grands auteurs. Quand j’avais entre 13 et 15 ans, le désir est né de choisir et de trouver une profession où on peut interpréter des textes qui ont beaucoup de signification pour l’histoire de l’humanité et pour ceux qui ont le goût des romans, des poésies, des films, tout ce qui est la reproduction du monde et de la vie dans le moyen des livres et des récits, des théâtres. Cela m’avait passionné, mais en même temps, j’avais le besoin de voir plus clair à cet âge-là dans la foi en Dieu. J’ai commencé à lire la Bible et j’ai fait un peu de grec ancien et aussi un peu d’hébreu autour de 15-17 ans, alors je suis allé lire les passages bibliques qui m’intéressaient en ces langues-là avec l’aide de professeurs de religion ou au gymnase aussi et quelquefois aussi des Pères de l’Église. Ma question avait été puisque la Bible est le document de la Parole de Dieu : Comment comprendre dans ces différents passages qu’on lit dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament si varié et si bigarré aussi par leur forme et par leur origine et par leur expression la Parole de Dieu. Comment retrouver dans la Bible ce qu’on appelle la Révélation ? C’est-à-dire une parole de Dieu valable pas seulement pour leur époque, et les peuples d’autrefois, mais pour nous maintenant hommes modernes et vivant dans d’autres pays et dans d’autres langues. Voilà la question qui m’a beaucoup intéressé. C’est dans ce cadre et avec cette question profonde que je me suis tourné vers l’Écriture Sainte, vers la Bible, comme le document de la Révélation, c’est-à-dire de la Parole de Dieu.

Comment la prière a éclairé et éclaire encore, ton travail d’exégète, de théologien biblique, ta vie en communauté, et ton chemin personnel d’ami de Dieu ?
J’ai compris qu’on peut lire la Bible de deux manières : on peut la lire comme un document littéraire très beau, très intéressant, comme un document historique, le témoignage d’une culture ancienne, très différente de la culture moderne, et cela m’avait pendant tout un temps fasciné, mais j’ai en même temps vu qu’il y a une autre manière de lire la Bible dans une manière que j’appelle volontiers dialoguer.
Je lis les psaumes. J’ai beaucoup aimé les psaumes déjà quand j’étais jeune et ils sont devenus une prière pour moi, une prière personnelle et j’ai compris que dans ces psaumes, je pouvais dire quelque chose à Dieu et que Dieu m’écoutait.
Je peux dire que la lecture de la Bible, d’abord l’Ancien Testament, ensuite le Nouveau a tout naturellement unifié mon itinéraire personnel. Je crois que c’était une très grande grâce. Je peux le dire sans aucune vantardise, j’ai beaucoup aimé la prière personnelle dès ma jeunesse.

Dans la Bible, la Parole n’est pas seulement un message ancien, mais une force qui agit. Comment cette dynamique peut-elle inspirer l’Église aujourd’hui et nos jeunes ?
Il arrive, souvent sans qu’on en ait conscience, un moment de grâce où une étincelle s’allume dans le cœur. Ce moment peut être discret, presque imperceptible, mais il marque une rencontre intérieure avec Dieu. C’est comme cette expérience qu’a vécue Edith Stein, en lisant les écrits de sainte Thérèse d’Avila. Elle disait après sa lecture : « Ce que je viens de lire, c’est vrai. » Cette phrase traduit l’instant où la vérité de Dieu s’impose à l’âme avec une force paisible.
Il y a dans la Bible des paroles qui, à un moment précis de notre vie, deviennent pour nous la réponse attendue. Un verset du psaume peut soudain résonner : « Espère dans le Seigneur, lui s’en occupera. » « Jette ton souci sur le Seigneur : il prendra soin de toi. »
Ces paroles que nous avions peut-être déjà lues prennent alors une saveur nouvelle, une puissance de consolation. Elles deviennent la voix même de Dieu qui répond à notre inquiétude, à notre prière, à nos nœuds intérieurs. Parfois, cette expérience ne vient pas d’un texte mais d’un lieu ou d’un moment de prière. On entre dans une église, on se rend à Einsiedeln, on voit une foule recueillie, on entend un chant qui émeut… Et soudain, quelque chose s’éclaire : un sentiment d’évidence, une douce présence, une paix qui vient d’ailleurs. C’est Dieu qui souffle, qui se fait entendre dans le silence ou la beauté d’un instant. Et notre cœur murmure alors : « Oui, c’est vrai. C’est beau. C’est Dieu. »
Cette évidence intérieure, cette émotion qui nous saisit n’est pas une illusion passagère. Elle est le signe d’une rencontre. Dieu attire par la beauté, il se révèle dans la clarté d’un chant, la profondeur d’une prière, la douceur d’une parole. L’étincelle qui brille en nous est la trace du divin : elle nous oriente vers Celui qui est la Vérité et la Vie.

Quel lien peux-tu voir entre l’écoute de la Parole et l’engagement missionnaire des baptisés ?
Il y a dans toute vie de foi une double expérience : d’une part, la reconnaissance, « Merci, Seigneur, de t’être révélé à moi », d’autre part, la découverte que cette rencontre n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une longue histoire que la Bible ne cesse de raconter. La Bible est en effet remplie de récits où l’homme, dans sa vie quotidienne, croise le chemin de Dieu, et où un dialogue s’installe entre eux. Dès les premières pages de la Genèse, Dieu se révèle comme celui qui cherche l’homme : « Adam, où es-tu ? » C’est Dieu qui appelle, qui s’avance, qui provoque la rencontre. Plus loin, dans le récit de Caïn et d’Abel, Dieu intervient encore : « Pourquoi es-tu si fâché ? » À travers ces dialogues, nous reconnaissons notre propre situation humaine : nos colères, nos jalousies, nos peurs, nos fuites. La Bible devient alors le miroir de notre vie.
La lecture de la Bible devient une expérience d’amour : on apprend à l’aimer parce qu’on y découvre Dieu qui parle toujours le premier et l’homme qui répond. Ce dialogue n’est pas seulement personnel : il concerne aussi toute l’humanité, et plus particulièrement l’humanité croyante, c’est-à-dire l’Église. Ainsi, la Bible n’est pas seulement un livre du passé, mais le livre du dialogue permanent entre Dieu et son peuple.
Le philosophe juif Martin Buber a écrit un article peu connu intitulé « La nécessité de la Bible pour l’humanité ». Il y explique que l’humanité a besoin de la Bible parce qu’elle est le grand témoignage des rencontres entre Dieu et les hommes, sous toutes leurs formes et dans toutes leurs diversités. La Bible est donc le document fondateur de la relation entre le divin et l’humain, le lieu où se dévoile ce dialogue ininterrompu entre Dieu et l’homme.
Pourquoi l’humanité a besoin de la Bible ? Eh bien parce que la Bible est le document qui rapporte de nombreuses rencontres entre Dieu et toute sorte de personnes humaines.

Comment aider les fidèles à ne pas « lire la Bible comme un livre ancien », mais comme une parole vivante adressée à eux aujourd’hui ? Et comment les paroisses, les communautés chrétiennes peuvent-elles redonner toute sa place à la Parole de Dieu dans leur vie pastorale ?
C’est une question centrale et profonde qui nécessite une analyse. La Bible est un livre toujours actuel. Il faut commencer par les passages qui nous parlent… je crois qu’il y a dans la Bible beaucoup de passages qui nous parlent mais il y a d’autres paroles comme un écho qui nous saisit. Dans la lettre aux Galates, saint Paul parle de lui et de son rapport au Seigneur. Il dit quelque chose de personnel : « Jésus mon Seigneur qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » Il parle de ce choc intérieur où il a pour la première fois compris que Jésus s’adresse à lui personnellement. Je crois que dans la communauté, chaque personne peut saisir comme une torde ce qui le fait vibrer. En allant à une célébration, un groupe biblique ou autre, chacun dans la communauté peut se dire, je vais y aller. Je ne comprendrais certainement pas tout mais je suis certain qu’il y aura une Parole qui me touchera de l’intérieur. Dans la Bible, il y a toujours une parole qui est dite et qui me concerne.
La parabole de la semence du Royaume peut illustrer cette réalité. Bien qu’étant la plus petite de toutes les semences, elle sera le grand arbuste. La Mission, la communauté chrétienne que nous sommes, nous la vivons dans cette grande ville de Zurich. L’important est de se laisser habiter et interpeller par la Parole qui nous parle. Le Seigneur Jésus nous fait la promesse que cette petite communauté deviendra à l’exemple de l’arbuste, un grand groupe. C’est une promesse que je vous donne.

Dans un monde ou dans notre belle cité zurichoise saturé de paroles, comment faire entendre la Parole de Dieu sans tomber dans le bruit ambiant ?
Le Seigneur nous a créés afin que nous ayons toujours besoin de Lui. Mais besoin de Lui comme on a toujours besoin des autres. Nous ne sommes pas seuls. L’homme est un être qui apprend en communauté et qui apprend en critiquant les sources. Comme croyants, nous avons besoin de faire confiance. Les témoins de l’Église, ce sont ceux qui vivent leur foi chrétienne, les saints de l’Église comme Mère Teresa de Calcutta, John Henry Newman, Charles Lwanga, Nicolas de Flüe qui nous apprend la réconciliation. Nous ne pouvons pas être seuls à lire la Bible. Il nous faut aussi l’interprétation des autres en nous appuyant sur le grand nuage de témoins.

Que souhaitez-vous dire aux catéchistes, animateurs et agents pastoraux de paroisse qui se sentent parfois découragés ?
Je dois dire qu’il m’arrive parfois d’être découragé. Je pense que c’est inévitable mais c’est une sorte de défi. Je connais des gens qui disent : j’ai quitté l’Église, le sacerdoce, mon premier mariage. Ce qui nous aide à sortir de cette tentation, c’est de dire : souviens-toi des moments de bonheur que tu as eus dans ta vie avec Jésus quand tu as eu la certitude que Dieu t’a créé parce qu’il t’a aimé. Lutter pour la fidélité est peut-être une épreuve que nous devons tous faire. Jésus a voulu et aimé la communauté des croyants pour avoir ce grand nuage de témoins, ce grand nombre de personnes qui se communiquent et se confortent ensemble dans la foi. On n’est pas tout seul. Il faut se dire que Jésus a voulu l’Église. Rappelons-nous ces martyrs qui étaient des minorités. J’ai déjà rappelé Charles Lwanga en Afrique ou les martyrs japonais. Il faut lutter pour la fidélité. C’est une épreuve que nous devons tous faire.

Enfin, quel message aimeriez-vous adresser à nos paroissiens de la Mission et même de la ville de Zurich et surtout aux jeunes, étudiants et familles pour raviver en eux le goût de la Parole et le feu de la mission ?
Je crois que je dirai maintenant une seule phrase : Découvrez le mystère de Dieu qui vous enrichira et tous ceux avec qui vous vivez.

Missionnaires de la charité
Soeur Marie Emma (interview par fr. Lucas Onana, op)

Ma sœur, merci d’avoir accepté ce temps de partage. Nous aimerions découvrir, à travers votre témoignage, comment l’Évangile se vit aujourd’hui au cœur de la pauvreté.
Aujourd’hui, lorsque l’on parle des Missionnaires de la Charité, le visage de Mère Teresa apparaît immédiatement. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a touchée dans votre appel ? Y a-t-il eu un moment décisif dans votre discernement ?
La vocation est toujours un appel personnel et unique. Après avoir discerné ma vocation de vie religieuse, la question s’est posée tout de suite : dans quelle congrégation vais-je entrer ? J’avais le souvenir des sœurs habillées en noir, sérieuses, avec de grosses lunettes.
Au cours de mes études d’anglais, je suis partie un an en Angleterre en tant qu’assistante de français. Dans une petite paroisse, j’ai trouvé un livre sur Mère Teresa et y ai découvert son charisme. À la fin du livre, il y avait les conditions nécessaires pour entrer dans la congrégation des Missionnaires de la Charité. J’ai tout de suite été attirée par la pauvreté radicale, l’habit religieux bien visible et la joie de servir les autres. Lorsqu’on sert les pauvres, on ne peut pas leur montrer que ça nous coûte de les servir.
Dans le cheminement, des obstacles peuvent venir du milieu familial, des amis, de différentes choses, mais il y a toujours quelque chose qui va coûter pour pouvoir répondre à sa vocation. Il faut y aller parce que Dieu quand il appelle, on lui fait confiance, et il s’occupe de tout. L’important c’est d’avancer avec confiance.
Dans une ville comme Zurich, on a du mal à dessiner le visage de la pauvreté et du pauvre. Comment vivez-vous la rencontre avec les plus pauvres et les personnes en situation de fragilité ?

À Zurich, la pauvreté est difficilement visible. La ville donne l’image d’une grande prospérité : banques, apparences soignées, réussite sociale. Pourtant, derrière cette façade, beaucoup de personnes souffrent dans le silence. La pauvreté y est souvent cachée, discrète, presque invisible. On la devine parfois à travers des personnes qui viennent timidement demander de quoi manger ou boire, mais elle reste largement méconnue.
Il y a des personnes qui sont dans des situations de fragilité comme les migrants. Mais la pauvreté ne se limite pas seulement aux migrants, même si ceux-ci constituent une réalité importante. En quittant un pays pauvre pour arriver à Zurich, beaucoup se retrouvent désorientés, freinés par la barrière de la langue et la difficulté de s’intégrer. Cependant, ceux qui arrivent en famille disposent parfois d’une force intérieure qui les aide à tenir.
La pauvreté la plus profonde est souvent celle de la solitude. Elle naît de blessures familiales, de ruptures, de divorces ou encore de maladies psychiques. Des jeunes qui ne se sentent pas aimés, sombrent dans la drogue ou l’alcool. Certaines personnes, suisses ou étrangères, ont un toit mais vivent dans une grande détresse intérieure : elles ne prennent plus soin d’elles-mêmes, s’isolent, se nourrissent mal et perdent tout désir de vivre. À Zurich, beaucoup sont contraints de préserver les apparences, ce qui rend leur pauvreté encore plus invisible.
Enfin, le visage de la pauvreté à Zurich n’est pas seulement dans la rue. Il est souvent tout proche : dans nos familles, parmi nos amis, au travail, à l’école. Il y a toujours quelqu’un de plus fragile, marginalisé, moins reconnu, moins respecté. La pauvreté est là, à portée de regard. Encore faut-il demander à l’Esprit Saint de nous ouvrir les yeux pour la reconnaître et y répondre avec amour et attention.
Mère Teresa parlait souvent de la « soif de Jésus ». Que signifie-t-elle pour vous ?
La soif de Jésus est ce qui a profondément transformé la vie de Mère Teresa. Bien avant cela, elle vivait déjà sa vocation religieuse avec une grande ferveur. Mais lorsqu’elle a fait l’expérience intérieure de la soif de Jésus, tout son être a été bouleversé. Cette soif n’est pas une révélation nouvelle : elle est au cœur de l’Évangile. Sur la Croix, juste avant de mourir, Jésus prononce ces mots bouleversants : « J’ai soif ». L’évangéliste Jean précise que Jésus, sachant que tout était accompli, dit cela pour que l’Écriture s’accomplisse. Ce cri n’est donc ni anodin ni secondaire : il se situe juste avant le « Tout est accompli » et l’abandon total au Père.
Pour Mère Teresa, Jésus a voulu insister sur cette soif. Elle comprenait que ce « j’ai soif » est bien plus qu’un simple « je t’aime ». C’est l’expression d’un désir extrême, intense, presque impossible à traduire avec des mots humains. Jésus ne dit pas seulement qu’il a soif des pauvres ou des âmes en général : il a soif de chaque personne, personnellement. Il a soif de moi, de toi. C’est un amour qui ose se rendre vulnérable.
Pour nous, même si nous n’avons pas vécu la même expérience mystique que Mère Teresa, il faut entrer dans la compréhension de cette soif. Dans la prière, nous demandons souvent à Jésus de nous révéler son amour et sa soif, afin que notre vie soit transformée pour que nous puissions y répondre de tout notre cœur. Cette rencontre avec la soif de Jésus se vit dans un face-à-face intime avec Lui, dans le silence et la prière, là où le cœur peut enfin répondre à l’appel d’un amour qui se donne jusqu’au bout.
Comment vivre la joie au cœur de la souffrance rencontrée et qu’est-ce que servir les pauvres vous apprend sur Dieu ?
On appelait Mère Teresa la sainte aux yeux secs. Non pas par manque de compassion, mais parce que sa compassion n’était pas sentimentale. Elle ne pleurait pas sur la misère des pauvres pour partager une tristesse sans issue. Au contraire, ayant été témoin de souffrances immenses, elle portait ces douleurs en elle afin de pouvoir offrir aux plus pauvres ce dont ils avaient le plus besoin : la joie et l’espérance. Elle a pourtant vu toutes sortes de souffrances extrêmes. Comme elle a tout donné, elle savait, avec sa foi, que Dieu pouvait se servir d’elle pour alléger les souffrances des autres personnes, pour les consoler et leur faire reprendre confiance en Lui. Elle voyait vraiment Jésus en chaque personne rencontrée, pauvre ou riche. Quand on voit le pauvre, on comprend que Jésus est allé jusqu’à l’extrême pour qu’on puisse Le rencontrer. Quand on a tout donné, on ne cherche plus à se préserver : on se laisse simplement utiliser par Dieu.
Ce regard transforme aussi notre manière de comprendre les nouvelles formes de pauvreté aujourd’hui. La pauvreté ne se limite pas au manque matériel ; elle traverse les familles, les relations blessées, les solitudes, les fragilités intérieures. C’est pourquoi, selon l’esprit de Mère Teresa et à la lumière de l’Évangile, nous sommes appelés à reconnaître le Christ présent dans toutes ces situations et à y répondre avec amour, fidélité et espérance. Mère Teresa nous apprend à voir Jésus en chaque personne rencontrée. Avec le Christ, il nous faut montrer un chemin d’espérance au cœur de la souffrance rencontrée et vécue…
Quels sont, selon vous, les nouveaux visages de la pauvreté aujourd’hui ?
Nous avons dans les constitutions de notre congrégation, l’expression les plus pauvres des pauvres matériellement et spirituellement. Pour cela, nous pouvons nous référer au chapitre 25 de l’évangile selon saint Matthieu. Notre mission est orientée vers les plus pauvres parmi les pauvres que nous servons sans catégorisation ou aucun critère de religion, de nationalité, d’origine ou de condition sociale. Il ne s’agit pas seulement de servir les pauvres en général, mais de rejoindre ceux qui sont le plus profondément blessés, matériellement et spirituellement.
Les plus pauvres parmi les pauvres sont d’abord ceux qui manquent du nécessaire vital : ceux qui ont faim, soif, qui sont nus, sans domicile, malades ou mourants. Ils incluent aussi les prisonniers, les personnes handicapées, les lépreux, les alcooliques, tous ceux dont la dignité est gravement atteinte.
Aujourd’hui, la pauvreté la plus profonde est souvent intérieure. Les nouveaux visages de la pauvreté peuvent se voir dans les personnes mal aimées, abandonnées, rejetées, considérées comme un poids pour la société, celles qui ont perdu toute espérance en la vie. Ce sont aussi les pécheurs endurcis, ceux qui refusent de se convertir, ceux qui vivent sous l’emprise du mal, entraînent les autres dans la confusion, l’erreur ou le péché. Je peux dire qu’il y a également aujourd’hui : la solitude, l’isolement, la dépression, et toutes sortes de maladies psychologiques et même physiques.

Visite de la 5e caté chez les Missionnaires de la charité, avec soeur Marie-Maximilien

Au cœur de ce monde souvent indifférent ou pressé, que diriez-vous à un jeune qui cherche le sens de sa vie ?
Tu n’es pas le fruit du hasard. C’est Dieu qui t’a créé, parce qu’il t’a désiré tel que tu es. Il t’a façonné à son image, avec une attention infinie : ton visage, tes empreintes digitales, chacun de tes cheveux, tes mains, tes pieds, tout ce qui fait que tu es toi.
Il a préparé en toi des goûts et des désirs pour te guider dans tes choix. Il t’a donné l’intelligence pour apprendre et comprendre, et une volonté qui reste pleinement tienne. Cette liberté te permet de choisir d’aimer… ou de ne pas aimer. Dieu ne force jamais. Il te respecte infiniment. Il demeure à tes côtés, silencieux et fidèle. Et il t’attend. Tu as reçu ton invitation au Royaume des cieux. Tu as été créé pour quelque chose de grand : entrer dans ce Royaume. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour apprendre à aimer comme Dieu aime.
Y a-t-il une parole de l’Évangile ou de Mère Teresa que vous aimeriez nous confier ?
On peut se rappeler cette parole de l’Évangile : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Autrement dit, tout geste d’amour, tout service rendu, tout soin donné à un frère ou une sœur, c’est à Jésus lui-même que nous le faisons.
Et il y a aussi une petite parole que Mère Teresa aimait beaucoup dire et redire. Ce n’était pas vraiment une carte de visite au sens habituel, mais c’est ce qu’elle voulait qu’on retienne d’elle, ce qu’elle faisait parfois imprimer pour ceux qui la rencontraient. En réalité, c’était sa vraie carte de visite. Elle disait simplement : « Do small things with great love. » Faites de petites choses avec un grand amour.
Merci, ma sœur, pour ce témoignage simple et lumineux qui nous recentre sur l’essentiel.

2024-2025: «Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. «

Vivre pour le Christ aujourd’hui …Le mystère de la convocation trinitaire

Icône H. Lohr

Le 30 juin dernier, nous avons célébré ensemble avec faste un évènement majeur : les 100 ans de Notre Mission. L’occasion nous était offerte de redécouvrir que nous sommes un peuple en marche, une communauté enracinée et convoquée par le Dieu Trois fois Saint. Ensemble, nous formons l’unique Eglise du Christ qui prend sa source dans l’amour trinitaire. Elle est conçue du sein du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. La fondation de l’Eglise vient de la décision de la Trinité de communiquer son propre amour à l’homme. Ses origines viennent donc de là-haut, de l’amour de la Trinité qui se déverse sur la terre.

En effet, dans le cas de la Trinité, la communion est fondée sur l’unique substance à laquelle participent les trois personnes divines, tandis que dans le cas de la communauté ecclésiale, que nous formons, la communion se réalise entre des personnes qui partagent la même nature humaine mais qui sont des substances distinctes et différentes. Ainsi, la communion trinitaire du Père, du Fils et de l’Esprit est une communion éternelle, inséparable et parfaite ; notre communion par contre s’accomplit dans le temps et l’espace. Bien que partielle et imparfaite, nous sommes convoqués par le Seigneur et appelés à œuvrer avec joie dans sa vigne.

Parlant de la communauté des chrétiens et de la convocation trinitaire, « l’Eglise-famille de Dieu » une image de l’Eglise d’Afrique peut répondre au souci d’un peuple chrétien que nous formons de se savoir envahi par la force du Dieu Trinité.

L’Eglise Famille de Dieu est une communauté convoquée par la parole du Christ et animée par l’Esprit Saint. Cette famille de frères et sœurs en Jésus Christ, est communion des enfants de Dieu qui se laissent transformer par la force de l’Esprit Saint.

« Dieu nous a faits pour être introduits ensemble au sein de sa vie trinitaire. Jésus-Christ s’est offert en sacrifice pour que nous ne fassions qu’un dans cette unité des Personnes divines. Telle doit être la récapitulation, la régénération et la consommation de tout, et tout ce qui nous attire hors de là est trompeur. Or il est un lieu où, dès ici-bas, ce rassemblement de tous en la Trinité commence. Il est une Famille de Dieu, mystérieuse extension de la Trinité dans le temps, qui non seulement nous prépare à cette vie unitive et nous en procure la ferme assurance, mais qui nous y fait déjà participer. Seule société pleinement ouverte, elle est la seule qui soit à la mesure de notre vœu intime et dans laquelle nous puissions acquérir enfin toutes nos dimensions : telle est l’Eglise. Elle est pleine de la Trinité. Le Père est en elle comme le principe auquel on se réunit, le Fils comme le milieu dans lequel on se réunit, le Saint-Esprit comme le nœud par lequel tout se réunit, et tout est un. » (DE LUBAC H., Méditation sur l’Eglise, Aubier, Paris 1953, 183-184.)

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La Trinité fondement de la sainteté de l’Eglise-Famille de Dieu

Le 30 juin dernier, nous avons célébré avec faste les 100 ans de la Mission, mettant en exergue la constitution et l’existence d’une communauté croyante, de vie, de foi, réunis dans le respect de la diversité et en marche. Cette communauté peut être symbolisée par le terme de « l’Église-Famille » qui est une initiative du Dieu trine, Créateur de tout qui veut se communiquer et communier avec les hommes : « l’Église-Famille est celle dont le Père a pris l’initiative en créant Adam, celle que le Christ, nouvel Adam et Héritier des nations, a fondé par le don de son corps et de son sang, et celle que manifeste à la face du monde l’Esprit que le Fils a remis au Père pour qu’il soit la communion entre tous » (Cf. Deuxième synode africain. Message final n° 25).

L’Église-Famille de Dieu est une communauté convoquée par la parole du Christ et animée par l’Esprit Saint. Famille de frères et sœurs en Jésus Christ, la communauté de foi que nous formons est une communion des enfants de Dieu qui se laissent transformer par la force de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint qui apparaît toujours en relation au Père et au Fils, fait l’unité de l’Église. Il nous a été envoyé d’auprès du Père pour poursuivre l’œuvre du Christ et achever en tous toute sanctification. Si l’Esprit a donc un lien avec la croissance de l’homme qui doit atteindre sa maturité, la famille se présente comme le lieu propice pour réaliser ce dessein de Dieu. En effet, « Dieu nous a faits pour être introduits ensemble au sein de sa vie trinitaire. Jésus-Christ s’est offert en sacrifice pour que nous ne fassions qu’un dans cette unité des Personnes divines. Telle doit être la récapitulation, la régénération et la consommation de tout, et tout ce qui nous attire hors de là est trompeur. Or il est un lieu où, dès ici-bas, ce rassemblement de tous en la Trinité commence. Il est une Famille de Dieu, mystérieuse extension de la Trinité dans le temps, qui non seulement nous prépare à cette vie unitive et nous en procure la ferme assurance, mais qui nous y fait déjà participer. Seule société pleinement ouverte, elle est la seule qui soit à la mesure de notre vœu intime et dans laquelle nous pouvons acquérir enfin toutes nos dimensions : telle est l’Eglise. Elle est pleine de la Trinité. Le Père est en elle comme le principe auquel on se réunit, le Fils comme le milieu dans lequel on se réunit, le Saint-Esprit comme le nœud par lequel tout se réunit, et tout est un » (DE LUBAC H., Méditation sur l’Eglise, Aubier, Paris 1953, 183-184).

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Trinité et société humaine

La Trinité constituée du Père, du Fils et de l’Esprit Saint est la diversité dans l’unité de l’amour et pour l’unité de l’amour. Cette diversité de Dieu n’est pas division mais communion. La société de Babel avait une diversité sans communion. Celle du Mont Sinaï était monolithique : unité sans diversité mais celle de la pentecôte accueille l’unité de l’amour.

« La considération de la communion entre les trois différents nous conduit à une attitude critique face à la personne, à la communauté, à la société et à l’Église. Dans notre culture, au plan de la personne, ce qui prédomine, c’est son épanouissement personnel, ses droits compris sans relation avec la société. Le monothéisme a-trinitaire des Églises, l’idéologie de la subjectivité, de l’unité/identité ont fini par renforcer et aussi répercuter cette distorsion. Comprendre la personne humaine comme image et ressemblance de la Trinité implique qu’on la mesure toujours par sa relation ouverte avec les autres. C’est seulement en étant dans les autres, en se comprenant à partir des autres, en se réalisant par les autres, que la personne humaine construit son identité. L’incommunicabilité propre à chaque personne humaine existe à seule fin de permettre la communion avec les autres qui sont différents. À la lumière de la Trinité, être une personne à l’image et à la ressemblance des personnes divines signifie se maintenir comme un nœud actif de relations permanentes : à l’égard de son origine (en arrière et au-dessus) dans le système abyssal du Père ; à l’égard de ses semblables (vers les côtés) en se révélant aux autres et en accueillant la révélation des autres dans le mystère du Fils, à l’intérieur de soi-même dans son intériorité, dans le mystère du Saint-Esprit.

La Trinité constitue une communion ouverte vers un au-delà des personnes mêmes qui inclue la création. La personne ne peut pas, non plus, se recroqueviller sur ses relations interpersonnelles et perdre le sens de relations plus vastes, sociales et historiques, de caractère transpersonnel et structurel. La personnalisation par la communion ne peut pas dégénérer dans un personnalisme étranger aux conflits et aux processus sociaux de transformation, mais elle doit viser à établir des relations différentes qui soient des relations davantage participées et humanisantes. Cette critique vaut aussi pour la communauté, dans laquelle les relations sont proches où on appelle chacun par son nom, et où s’intègrent la personne et le travail, la vie et l’intérêt commun. La communauté doit se situer dans un monde plus vaste, car elle ne constitue pas un monde fermé et réconcilié. »
Leonardo BOFF, Trinité et Société, Paris, Cerf, 1990, p. 174-175.

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La nouveauté du «Dieu connu en Jésus-Christ:

Le mystère de Jésus-Christ, homme-Dieu, constitue la nouveauté la plus surprenante. On ne peut guère parler du Dieu de Jésus-Christ, si au préalable on ne s’arrête pas sur la première étape de l’affirmation. Le Dieu à connaître est révélé par Jésus Christ. La relation entre Dieu (Père) et Jésus-Christ (Fils) a été surtout dévoilée avec netteté par l’apôtre Jean. Mais on pourrait dire : tout ce que le Christ proclame à la première personne du singulier (ou du pluriel), saint Paul l’explique ou le rapporte à la troisième personne. Pourtant ce Dieu du Christ qui nous intéresse ici, c’est celui qui a été révélé comme le libérateur de son peuple. Pour le connaître vraiment, il faut interroger les différentes révélations successives : la révélation cosmique, la révélation mosaïque (A.T.), et la révélation de Jésus-Christ (N.T.). En s’incarnant, Jésus nous révèle le mystère de Dieu dans l’unité primordiale et insondable des Trois-Personnes. « Le Trois, écrit J. Daniélou, est aussi primitif que l’Un ». Le Dieu trinitaire n’est connu que progressivement. On sait que toutes les œuvres de Dieu sont accomplies par les Trois Personnes, bien entendu chacune agit suivant un mode qui lui est propre.

C’est ici qu’on peut parler avec J. Daniélou des missions qu’accomplissent les Trois Personnes depuis la création. Mais le Dieu créateur est le même que le Dieu rédempteur. Irénée a beaucoup insisté, contre les gnostiques, sur l’unité du plan de Dieu. L’œuvre de la rédemption se distingue de l’œuvre de la création par le fait que, par la médiation de Jésus, elle introduit l’humanité dans la participation de la vie des « Trois Personnes ». Et, pour tout dire, « c’est le mystère de l’adoption filiale qui est le terme de l’œuvre divine, le dessein caché en Dieu » (cf. Ep 1,3.6). La première révélation concerne surtout le Père, qui est dans la Trinité le principe, l’origine, arché. Il s’agit encore du Père dans la révélation de l’A.T. qui enseigne le Dieu Un, mais en tant qu’il s’agit, avec lui, de l’origine : origine de la création, origine de l’élection, origine de la mission. Enfin, le N.T. révèle le Verbe fait chair et l’Esprit-Saint.

A. Vital MBADU KWALU, « Dieu connu en Jésus-Christ. Une approche paulinienne d’après l’épître aux Romains » in Chemins de la Christologie Africaine, p. 229-246.

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Au commencement était la communion

Sous le nom de Dieu, la foi chrétienne voit le Père, le Fils et le Saint-Esprit en éternelle corrélation, interpénétration et amour, de telle sorte qu’ils sont un Dieu unique. L’unité signifie la communion des personnes divines. Aussi au commencement, il n’y a pas la solitude de l’Un mais la communion des trois personnes divines. Quelle relation la Trinité comme expérience chrétienne a-t-elle avec le Dieu dont l’histoire humaine a fait l’expérience ? Va-t-elle confirmer ce que nous savons déjà ou apporter quelque chose de différent ? Nous devons dire que, au sens ontologique, elle va confirmer et amplifier ce que nous savions, et d’autre part, au niveau de la conscience, elle va apporter quelque chose de différent. À un niveau ontologique (qui dit relation avec la vérité en elle-même), la Trinité, Père, Fils et Esprit Saint ne sont pas une autre réalité, différente de celle recherchée et trouvée par les cœurs sincères de tous les temps. Pourvu que les personnes aient eu une rencontre avec le mystère et en un sens absolu, avec celui qui est important de manière décisive dans leur vie, elles sont entrées en contact avec le vrai Dieu. Ce vrai Dieu existe comme communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Les noms peuvent varier, mais tous soulignent la réalité. Il se peut que les hommes n’aient pas eu conscience de Dieu en tant que Dieu et certainement pas de la Trinité des Personnes en tant qu’union des trois Divins. Mais ce n’est pas pour cela que ce qu’elles expriment cesse d’être le Dieu trinitaire et vrai. Seulement cette réalité trinitaire n’avait pas pénétré leur conscience.
C’est au niveau de la conscience que la foi chrétienne apporte quelque chose de différent et de nouveau. Elle dit que Dieu s’est révélé tel qu’il est en lui-même, comme Père, Fils et Esprit Saint. Cette révélation s’est faite durant la vie de Jésus de Nazareth et dans les manifestations de l’Esprit Saint, soit en Jésus, soit dans la communauté qui s’est formée autour de lui (Pentecôte). Ce n’est pas que la Trinité, auparavant, n’ait pas communiqué avec les hommes. Elle s’est communiquée parce que Dieu se révèle tel qu’il est et donc de manière trinitaire.

Mais comme nous l’avons déjà remarqué, cette dimension n’a pas toujours été perçue par l’intelligence dévote. Malgré cela, ici et là, dans les théologies de l’ancienne Égypte, dans la mystique de l’Inde, dans les réflexions de quelques grands penseurs, on était arrivé à l’affirmation de Triades. On avait eu l’intuition que le mystère divin était une réalité de communion en soi-même et avec l’univers. Cependant, il n’avait jamais été donné aux hommes et aux femmes de vérifier la vérité de ce dont ils avaient l’intuition, de manière consciente ou inconsciente. C’est là que le christianisme apporte sa contribution. Grâce à Jésus et à son Esprit, la conscience totale de la réalité périchorétique de Dieu est parvenue à l’humanité ; consciente que sous le nom de Dieu, maintenant et désormais, nous devons entendre la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ce qu’il y a de nouveau, et qui n’est déductible d’aucun principe préalable, c’est ceci : la personne du Fils et de l’Esprit Saint, non seulement se sont révélées, mais se sont communiquées personnellement. Le Dieu-Trinité, qui était présent dans l’histoire humaine, maintenant, par le Fils et par l’Esprit envoyé par le Père, a assumé comme sienne cette histoire et habite au milieu de nous, comme dans sa propre demeure.

Leonardo BOFF, Trinité et société, Paris, Cerf, 1990, pp. 17-18.

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La Trinité dans la vie humaine

Comment l’homme, dans lequel est imprimé l’image de la Sainte Trinité, partage-t-il la vie trinitaire ? Et inversement, comment la Trinité pénètre-t-elle de manière nouvelle et entière dans la vie de l’homme ? La réponse peut se situer autour de deux réalités de la vie chrétienne : le baptême et la prière chrétienne.
D’abord le baptême. Il est perçu comme ce qui introduit à la vie divine. En effet, « dans la vie de celui qui est baptisé est communiquée la vie divine des Trois, leur nature (cf. 2 P, 1, 4), l’histoire éternelle de leur amour est racontée dans le temps. » L’existence chrétienne est une existence baptismale et l’existence baptismale est fondamentalement enracinée dans la Trinité. Comment comprendre cela ? Tout d’abord, le baptême lie l’homme au Père comme fils adoptif et comme image restaurée par lui (Col 3, 10). Par-là, l’homme reflète en lui ce qui est propre au Père. Ce reflet en lui et en son histoire, c’est la charité. Ensuite, par le baptême, l’homme est incorporé au Fils incarné et reflète dans son existence ce qui est propre au Fils, c’est-à-dire la réceptivité de l’amour, traduite par la foi. Enfin, par le baptême, l’homme reçoit le don de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint crée l’unité dans la vie de l’homme et l’ouverture à l’amour. Dans l’existence baptismale, il correspond à l’espérance. L’espérance « unit le présent à l’avenir de Dieu, ouvrant toujours le cœur du croyant à ce qui est nouveau (…). L’espérance théologale est l’anticipation militante du futur promis (…). Elle fait advenir le futur de Dieu dans la vie des hommes ».
L’existence baptismale, accueillie dans la foi, la charité et l’espérance, trouve son espace d’approfondissement dans la prière chrétienne. La prière est le paradigme de l’existence théologale baptismale. La prière n’est pas un dialogue de sourds avec un Dieu inaccessible. Bruno Forte note que le « chrétien ne prie pas un Dieu ! Il prie le Dieu et Père de son Seigneur Jésus-Christ, auquel il est uni par la force de l’Esprit Saint : il prie en Dieu ». Cette préposition « en », intègre l’orant dans le mystère des relations trinitaires qui viennent toucher profondément son être et son agir. Cela est rendu possible par la révélation advenue en Jésus-Christ. Le croyant prie « Par Lui, avec Lui, et en Lui, à Toi, Dieu le Père Tout-puissant dans l’unité du Saint Esprit… ». Dit autrement, le chrétien s’adresse au Père par le Fils incarné et dans l’Esprit Saint, et en même temps c’est du Père, à travers le Fils et dans l’Esprit que vient la prière. Celle-ci est toujours constitutivement trinitaire. La prière immerge l’homme dans la Trinité et fait entrer la Trinité dans l’existence humaine. En d’autres termes, lorsque l’homme se met à prier, il rentre, comme sujet, en relation avec la Trinité. Il devient un « être caché avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Du même coup, se crée une inhabitation du Dieu vivant dans le cœur du croyant (cf. Jn 14, 23). Tout cela peut se résumer en quelques mots : la prière est le lieu de l’alliance entre Trinité et histoire. En elle, la condition humaine est toujours présentée au Dieu vivant dans la louange et l’invocation. A sa manière et par elle, la Trinité entre dans l’histoire, et l’histoire entre dans la Trinité.

Jean-Paul SAGADOU, À la recherche des traces africaines du Dieu-Trinité. Une reprise de l’approche narrative du mystère trinitaire de Bruno Forte, L’Harmattan, Paris, p.61-62, 2006.

Illustration: Bapteme du Christ de Menologion de Basil (internet)

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Présence des Eglises au monde

« Ce qui justifiera la survie du christianisme, c’est sa capacité de rendre service aux hommes ici, d’apporter quelque chose qui leur soit compréhensible, qui puisse être entendu par tous — et qui ne sera plus seulement l’entretien d’une boutique, coûte que coûte, mais un service de tous. La chrétienté, ou les chrétiens, ou les communautés se réclamant du christianisme intéresseront alors les autres, cesseront d’être anecdotiques, cesseront d’être une sorte de discours particulier, que se tiennent entre eux certaines gens…

Ceux qui ne seront pas experts en humanité ne survivront pas, et c’est notre capacité d’être cela, de dire quelque chose qui soit, dans cette disette de sens, porteur de sens. Ce qui veut dire que la fonction d’une communauté ecclésiale, … – nos paroisses … – sera de maintenir cette tension entre une vie intérieure (le culte et la prière), qui la maintient comme communauté, et une vie extérieure qui l’expose à tous les yeux.

Ne survivra que la communauté qui saura réaliser cet équilibre entre une circulation intérieure de service, ce que Paul appelait les dons de l’Esprit, les charismes, et une activité extérieure. Puisqu’il y a une vie intérieure, il y a organisme ; mais cet organisme n’a le droit d’avoir une vie intérieure que si la lutte est extérieure…

Et c’est l’art de faire tenir ensemble poésie de la vie interne et prose du rapport au monde d’une communauté qui décidera de cette survie. »

Paul Ricoeur, Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale (1967), Labor et Fides, 2016, p. 56-57.

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Regarder le monde à partir de la Croix

La mort de Jésus ne peut être isolée de la vie qui la précède et l’éclaire, comme de la résurrection qui lui donne son sens. Il ne s’agit pas d’un acte magique, mais d’une réalité humaine fondamentale assumée par Jésus, en fonction d’une vie de fidélité radicale à la mission dont elle est le couronnement. L’existence solidairement partagée avec les pauvres et les exclus est la clé d’une interprétation crédible de la mort de Jésus dans le contexte où nous nous trouvons. Il s’agit de l’aboutissement d’un drame lié à toute la trame de la vie de Jésus sans cesse en conflit avec les forces et les appareils socio-religieux oppressifs. Victime d’une violence répressive, Jésus paie de sa vie les audaces de son projet subversif.

Dans la mesure où l’évangile est la mise par écrit d’une pratique qui a divisé les hommes qui se réclamaient de l’Ancien Testament, la mort de Jésus ne peut se comprendre en dehors des situations où Dieu se laisse deviner par des gestes de rupture par rapport à la religion et à la société dominantes. Jésus meurt à Jérusalem, où se trouve concentré le pouvoir politique et religieux. (Perdre) Perte symbolique du pur et de l’impur, avec sa matérialisation par le culte du Temple. Jésus a affronté le système dominant dans son fief. La Croix où éclate l’amour de Dieu pour l’homme, incarne le projet évangélique de Jésus pour les pauvres et les opprimés. Jésus est le prophète d’un sens porteur d’une lecture de la Bible au service de l’homme et de sa libération. Dans une société qui privilégie le culte et l’observation de la loi, au détriment de la vie et de la justice, ce qui conduit Jésus à la mort, c’est son option pour les pauvres et les opprimés. Jésus est condamné comme blasphémateur pour avoir révélé aux pauvres le Dieu de l’Exode.

Si la mort du Seigneur est centrale dans l’expérience de l’Église et de la foi, elle renvoie aux conflits historiques où Dieu se situe toujours du côté des faibles. Jésus crucifié assume en lui-même le cri de l’homme depuis Abel (Gen.4), jusqu’à l’ouvrier privé de son salaire (Jc.5, 4). Bref. Jésus meurt pour que l’homme soit debout : tel est le centre du message évangélique. Pour le vivre dans sa radicalité, nous ne devons pas masquer les conflits concrets de l’existence et de la société. « Suivre Jésus », c’est « actualiser » son projet subversif c’est-à-dire son parti pris pour les pauvres contre les situations de misère et d’oppression.

Jean-Marc ELA, Ma foi d’Africain, Paris, Karthala, p. 140-141 1985.

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La foi en Jésus

Fresque de la Trinité dans l’église St Dominique à Spoleto

Nous ne pouvons rien déduire sur la personnalité de Jésus à partir de ce que nous pensons savoir de Dieu. Nous devons déduire tout ce qui concerne Dieu à partir de ce que nous connaissons de Jésus. Ainsi, lorsque nous disons que Jésus est divin, nous ne voulons pas ajouter autre chose à ce que nous avons pu découvrir de lui jusqu’ici, nous ne voulons rien changer à ce que nous avons dit de lui. Affirmer soudainement que Jésus est divin ne change en rien ce que nous avons compris de lui, cela change notre manière de comprendre Dieu. Nous sommes amenés, non seulement à nous détourner des dieux de l’argent, du pouvoir, du prestige, du « moi », mais aussi de toutes les anciennes représentations d’un Dieu personnel, pour découvrir notre Dieu en Jésus et en ce pour quoi il a vécu… Accepter que Jésus soit notre Dieu, c’est accepter pour Dieu celui que Jésus appelait Père. Sa puissance infinie, la puissance de la bonté, de la vérité, de l’amour (la plus grande qu’on puisse trouver en ce monde), on peut la voir, la reconnaître en Jésus, tant dans ce qu’il dit du Père que dans ce qu’il est lui-même, dans le déroulement de sa vie personnelle, dans la toute-puissance de ses convictions. Notre Dieu est à la fois Jésus et le Père. A cause de leur unité essentielle, de leur « exacte ressemblance », lorsque nous adorons l’un, nous adorons l’autre. Ils ne se distinguent que dans la mesure où c’est Jésus qui est visible pour nous, c’est lui seul qui est notre source d’information sur la divinité, lui seul qui est pour nous « Parole de Dieu ». Nous avons vu qui était Jésus. Si nous voulons le considérer comme notre Dieu, nous devons en conclure que notre Dieu ne cherche pas à être servi, il désire nous servir, il ne cherche pas le rang le plus élevé ni les honneurs dans la société, mais la place la plus humble sans dignité spéciale ni statut particulier, il ne cherche pas à être craint et obéi, mais désire être connu dans les souffrances des pauvres et des faibles ; il ne demeure pas suprêmement détaché, indifférent, il est définitivement engagé dans l’effort de libération de l’humanité, car il a choisi de s’identifier avec tous les hommes dans un esprit de solidarité et de compassion. Si cela n’est pas la véritable image de Dieu, alors Jésus n’est pas Dieu. Si cela est la véritable image de Dieu, alors Dieu est plus authentiquement humain, plus complètement humain qu’aucun homme. Il est ce que Schillebeeckx appelle un Deus humanissimus, un Dieu suprêmement humain (2)…

ALBERT NOLAN, JÉSUS AVANT LE CHRISTIANISME. L’évangile de la Libération, Les éditions Ouvrières, Paris, p. 179-180.

Frère Lucas Onana op

2023-2024: «Rendons grâce au Seigneur car il est bon!»

Quand on parle de grâce, on pense naturellement à une réalité accordée à un individu, sans aucun mérite en lui. Elle peut être synonyme de don offert à quelqu’un gratuitement, sans aucun effort initial de sa part. Mais elle évoque aussi quelque chose de surhumain qui dépasse la nature humaine. Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. La grâce, c’est aussi « la manifestation généreuse de l’amour de Dieu envers le pécheur coupable qui méritait la mort ». Elle nous donne la puissance pour vivre sobrement. Elle est l’expression de l’amour infinie et compatissante de notre Dieu plein de miséricorde.

La grâce, une perception par la foi et l’obéissance
Dans la vie de Jésus, l’obéissance vient en premier. Nous aussi pour croître nous avons besoin d’un cœur obéissant à Dieu et d’avoir un caractère qui accepte l’obéissance. Et la parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité. Et nous avons contemplé sa gloire ; une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. Se soustraire à l’obéissance à Dieu, c’est se priver de sa grâce. La grâce nous donne le pouvoir de dire « non » au mal et tendre vers le bien. La grâce de Dieu nous remplit de zèle pour accomplir les bonnes œuvres et nous donne la capacité d’obéir à la parole de Dieu, aux commandements de Dieu.

Les occasions d’action de grâce
La grâce est dans son fond un bienfait dont la gratuité transcende l’entendement. Celle-ci ne s’observe pas seulement à son origine ; elle accompagne l’être dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il fait. Ainsi, il y a plusieurs occasions de rendre grâce au Seigneur : la création, œuvre d’amour ; la vie, don de Dieu, les sacrements. Nous avons également les différentes visites de Dieu au quotidien et la constitution de la communauté de foi et des disciples constituée au sein de la Mission.

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La création : une œuvre d’amour de Dieu
À la lumière de l’Écriture, la Création apparaît comme l’œuvre de Dieu qui maintient l’univers et le conduit. Au cœur de cette Création qui est bonne et au sein de laquelle se trouve l’homme, Dieu seul est Dieu : en dehors de Lui, il n’existe point d’autre. D’après la Révélation judéo-chrétienne, Dieu est le Créateur absolu de l’univers (Ps 45, 18-25). Il l’a fait de manière libre et souveraine. La création jaillit de Dieu, s’enracine en Dieu et n’a d’autre source et fondement que Dieu seul. Elle est le fruit et l’objet de l’amour de Dieu libre et gratuit. Et toute la création est marquée par ce souffle de liberté, de gratuité et de bonté.

Voulue par Dieu, toute la création est bonne, elle exprime la bonté de Dieu et son désir de faire vivre l’homme de ce bonheur. La souveraine bonté de Dieu sur l’univers indique aussi sa totale maîtrise ; il est le Maître de toute la création, de l’univers visible et invisible, de l’espace et du temps, de l’histoire et de l’éternité. L’univers rempli de sa présence sanctifiante, vivifiante, libératrice, est un lieu de vie. Dieu est le Maître absolu de l’univers et ce monde est voulu par Dieu pour le bonheur de ses créatures.

La création part de Dieu, elle est motivée par son amour. Elle dit la nature de l’amour de Dieu qui est extase, don de soi, l’exploit, l’autre de manière réelle et irréversible. La vie de Dieu est donnée à jamais, son don est irrévocable et irréversible. L’objectif de la Création est la participation de l’homme au bonheur de Dieu. C’est ce que suggère l’expression « faisons l’homme à notre image ». L’homme est voulu, créé par Dieu pour être et vivre en Lui.

L’Alliance établit par Dieu entre Lui et l’univers, et par tous les hommes, est définitivement scellée et manifeste dans l’Incarnation, la mort, la résurrection, l’exaltation du Fils auprès du Père. Le devenir de la création est dans le Christ, préfiguré, scellé et garanti dans sa résurrection. De même que le Fils incarné est l’exégète de Dieu, de même il est l’archétype de l’homme, le contenu théologique et éthique de sa vie. Vivre pour l’homme dans le Christ et à sa suite, consiste à accueillir Dieu, à se donner à Lui et à vivre pour Autrui.

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Au fond de l’église de la Mission Catholique de Langue Française, nous pouvons contempler cette année une belle peinture de l’épisode de la Visitation du peintre et sculpteur français Arcabas. Tableau pouvant également être contemplé au Palais archiépiscopal de Malines-Bruxelles. Celui-ci laisse apparaître deux visages Marie et Elisabeth, sa cousine, qui se regardent, toutes deux enceintes, les bras ouverts et tournées vers le Seigneur. Il y a selon notre imagination Zacharie en arrière-fond et cette lumière nous poussant à la rencontre et à l’exultation. « Tout est grâce dans la rencontre de ces deux femmes : leurs mouvements, la joie sereine des visages » et le chant de l’action de grâce de la servante du Seigneur peut naître.

Action de grâces pour la visite et le salut de Dieu sur terre
Dieu est amour. Il offre toujours sa grâce. Celle-ci est essentiellement un bienfait dont la gratuité transcende l’entendement. Il n’hésite pas à venir dans la chair pour se faire rencontre et conversation. Le but premier et essentiel de la grâce divine, c’est la béatitude éternelle. Cette béatitude advient de façon immédiate et irréversible grâce à l’auto-communication divine à l’humanité. Le mystère de l’incarnation ou de Noël est le lieu le plus élevé du don absolu que Dieu a fait de lui-même à l’humanité. La visite de Dieu sur terre montre que c’est le donateur, en lui-même et par lui-même qui s’est donné à la créature comme son accomplissement. Cette union de la nature humaine à la nature divine constitue ce qui permet à l’homme de rêver dans son aventure avec son Créateur. Tout engagement de Dieu envers l’homme est un motif de joie.

Jubilation pour l’action de Dieu dans la vie de Marie
Lors de la visitation, Marie est louée par Elisabeth comme mère du Seigneur et comme celle qui sait accueillir sa Parole. L’expression de la réaction de Marie par son Magnificat fait écho du salut des pauvres, le renversement de l’échelle des valeurs et l’accomplissement de l’alliance du Seigneur. Elle n’hésite pas à reconnaître la visite et l’action de Dieu. Sa jubilation est une demande de la grâce en faveur du peuple en marche.

Et nous ! Comment ne pas oser rendre grâce ?
Cet amour mérite notre action de grâce. Notre merci. Car son amour nous sauve. « Combien ce tableau est évocateur aujourd’hui de l’élan vital présent dans la relation à l’autre : des regards qui se parlent, des visages non-masqués, des bras qui s’étreignent… pas de retenue, pas de question, juste être là l’un pour l’autre, l’une avec l’autre ». L’action de grâce nous pousse à la rencontre, à la sortie. À l’heure où le monde entier est en guerre comme dit le pape François, et en deuil, oserons-nous malgré la tentation du repli sur soi, ouvrir nos mains pour accueillir Dieu qui se fait don pour nous et donner ? Serions-nous capables aujourd’hui comme Marie d’aller avec empressement chez la ‘cousine’, ‘le frère’, ‘la sœur’ qui a besoin d’un signe ou d’une visite, ou de prendre le risque comme Dieu d’ouvrir grande notre porte à celui qui vient, à laisser tomber les masques ? Pour pouvoir participer à cette vie, la grâce est toujours suffisante pour tout homme. Mais son efficacité dépend de la collaboration de chacun, unique moyen de s’approprier personnellement, ce que le Christ a gagné pour nous universellement. Rendons grâce à Dieu pour une si grande merveille, pour un si grand amour. Et demandons-lui la grâce de visitation, de la rencontre avec Lui et de l’accueil. Car « rendre grâce, c’est demander la grâce ».

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St Dominique au pied de la Croix (Fra Angelico)

Saint Dominique : témoin de la grâce et contemplation du Christ en Croix

On dit de saint Dominique, père et fondateur de l’Ordre des Prêcheurs (Dominicains) qu’il apprenait toute chose à genoux au pied de la croix. La fresque de Fra Angelico le représentant au pied de la croix que nous pouvons contempler au fond de l’église de la Mission laisse voir l’ami du Seigneur embrassant la croix. Comme s’il voyait l’invisible, ses yeux scintillent évoquant une participation mystique à la vie et aux souffrances du Christ et à l’accueil de sa grâce pour le monde.

La croix de Jésus
La croix est une réalité qui a été présente durant toute la vie de Jésus. Toute son aventure se trouve placée sous le signe grave et douloureux de la croix : « Toute la vie du Christ fut croix et martyre ». Il l’accepte librement afin de donner la vie au monde. Elle est non seulement comme le signe de son amour pour les hommes mais aussi un trait d’union entre le ciel et la terre. Il donne sa vie par amour en s’offrant sur la croix.

La croix : une parabole de l’espérance pour Dominique
Dans les évangiles, Jésus utilise des paraboles pour annoncer la Bonne Nouvelle et pour faire connaître les mystères du Royaume. Le chemin de la croix est comme une parabole de l’espérance parce que c’est Dieu lui-même qui se fait connaître et veut réécrire l’histoire par nous. Réel appel à devenir un autre « Simon de Cyrène » pour aujourd’hui.

Ajustement aux besoins de son temps
En recevant tout au pied de la croix, Dominique est assez ajusté « au besoin urgent de son temps ». Dans ce monde du XIIIe siècle, il y a, comme le souligne le pape François, un double besoin : la nécessité d’une nouvelle évangélisation et l’appel à l’appel à la sainteté dans la communion vivante de l’Eglise.

S’ouvrir à la grâce et aux imprévus de Dieu
Comme Dominique ne sommes-nous pas appelés à cette contemplation et ouverture avec confiance à l’avenir ? La parole de l’évangile doit nous renouveler et faire lever notre communauté à accueillir la grâce de Dieu et son langage qui passe peut-être par un changement.

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La grâce unit
Le mercredi 14 février prochain, nous entrerons dans le temps de Carême et à travers le traditionnel rite de l’imposition des Cendres se révèlera encore ce Dieu qui fait grâce. La grâce unit. De même que la miséricorde. Elle ne divise pas. La grâce accueille. De même que la miséricorde. Elle ne rejette pas. Or le péché divise et rejette.

Le grande toile représentant « Le Retour du fils prodigue » du grand maître hollandais Rembrandt Harmenszoon van Rijn que nous trouvons dans l’église de la Mission laisse voir l’accueil que le père fait à son fils. Ce fils, figure de notre humanité qui a eu à rompre la relation filiale en abandonnant la maison de la grâce, se retrouve dans une situation misérable quand survient le temps de la famine dans le « pays éloigné » où il se retrouve. Mais pour se tirer d’affaire, il décide de se lever et de rentrer à la maison familiale. Son père l’accueille sans condition. Mais le fils aîné est au-dehors mécontent de la bonté de son père.

Au-delà des protagonistes du récit de Luc 15, 11-32 dont cette toile est l’écho, on peut noter qu’amour et vérité se rencontrent, miséricorde et grâce répandent la paix et la joie. Dieu est amour. Chaque pécheur a un avenir dans la grâce. Accueillir le pécheur n’est pas accueillir son péché ou le péché. Mais le gracier. La bonté est une opportunité où il n’y a pas de compétition. Très peu y adhèrent. Avec Dieu mon origine qui me produit comme la source produit la rivière, je me situe dans l’univers comme accueil permanent de l’Amour débordant du cœur du Père par le Fils dans l’Esprit.
N’est-ce pas pour nous aussi un temps favorable pour vivre dans l’action de grâce car l’amour du Seigneur est sans fin ? Fils et fille du Père Céleste, ne sommes-nous pas appelés à devenir à notre tour grâce et promesse de salut ?

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Cette belle représentation de la Cène du Seigneur, laisse voir Jésus, épiphanie de l’amour de Dieu entouré de ses disciples et amis. On peut apercevoir Jean reposer sur la poitrine de Jésus marquant ainsi le lien du disciple au Maître qui communique la grâce. La Cène rappelle l’amour jusqu’à l’extrême de Jésus qui a offert son Corps et son Sang afin de donner aux hommes la vie en plénitude. L’Eucharistie qui est une action de grâce révèle le mystère de sa Pâque et le don de sa vie. Ce repas du Seigneur est un repas qui donne vie, en ce sens que, Dieu se donne gratuitement à tous les hommes à travers son fils envoyé dans le monde

Eucharistie : Repas du Seigneur Ressuscité
L’Eucharistie qui est action de grâce est illuminée par le mystère pascal de Jésus-Christ. Jésus à la veille de sa mort, pris un repas particulier avec ses disciples et celui-ci devint comme le repas des repas. Il devint le repas par excellence. Ce repas est en fait, l’institution d’une nouvelle Pâque où, Jésus s’identifie lui-même avec l’agneau pascal afin de se faire nourriture. Son corps offert et son sang versé manifestent pleinement cette réalité. L’Eucharistie est donc un mémorial : « Faites ceci en mémoire de moi ». C’est un commandement que le Seigneur a donné lui-même à ses disciples. L’Eucharistie est un repas de communion, et un repas de l’alliance.

Foi et conversion
La grâce est une participation à la mort et à la résurrection du Christ, par la foi et le baptême (Ga 3, 26 ; Rm 6). La foi est précisément la réponse au message chrétien ; elle est une soumission, un accueil. Mais croire au message, c’est croire au Dieu tout-puissant qui a manifesté sa puissance en ressuscitant le Christ, puis à la Parole de Dieu. La foi est en relation étroite avec le baptême. Vivre dans le Christ, exister dans le Christ signifie donc que la vie du chrétien soit une vie découlant de son union avec le Christ qui en est la source, l’exemplaire, l’auteur par sa présence active dans le Christ. L’apôtre saint Jean montre que la foi est nécessaire pour avoir la vie éternelle. Cette vie éternelle anticipée ici-bas dans l’amour fraternel (1 Jn 4, 16) est la manifestation de communion à la vie des Personnes divines. Cette communion divine s’effectue, avant tout, dans la personne du Christ et par elle ensuite avec le Père puis avec l’Esprit. Le Christ est Médiateur entre les chrétiens et les deux autres Personnes de la Sainte Trinité.

La communion eucharistique représente pour la vie spirituelle ce que la nourriture matérielle est pour la vie du corps. Par cette union intime avec le Christ, la vie nouvelle de la grâce est augmentée en nous, les maux du péché sont guéris et nous recevons des forces pour notre traversée ici-bas.

A la suite de saint Augustin, l’Eglise désigne l’Eucharistie comme le « signe de l’unité » et le lien de la charité.

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Rendons grâce: se lever avec le Christ
Ce Crucifix se trouvant au parloir de la Mission (Gesprächszimmer) laisse apparaître le Christ en croix dans une forme aussi épurée et décharnée qui s’efface comme pour mieux faire comprendre que l’on doit s’anéantir, s’abaisser pour vivre la grâce et la joie pascale. Le vase évoque lui aussi une forme de dépouillement et surtout l’accueil de la vie qui se manifeste en cet homme du Vendredi Saint qui sommeillait dans le tombeau et soudain est apparu.

La nature, un don divin, nous présente un exemple extraordinaire de renouvellement.
Les feuilles se forment au printemps à partir des ébauches foliaires présentes dans les bourgeons. Le «débourrement» marque le commencement d’une nouvelle phase de végétation. En hiver, la circulation de sève est partiellement interrompue, ce qui permet l’apparition des bourgeons et la croissance des jeunes feuilles. Comme le printemps, le Christ se lève et fait advenir le temps de la grâce. Désormais, l’arbre de la mort où Dieu saignait comme un fruit mur, pour nous a refleuri. Paix et joie. Abondance de la grâce pour le genre humain. L’espérance renaît car, la porte du jardin est réouverte par Dieu.
Devant la désespérance et la peur de l’avenir, la grâce agit sur ceux qui désirent apporter une nouveauté dans leur vie et laisser Dieu faire germer les fleurs de l’espérance.

La Création, source de louanges
La contemplation de la splendeur de l’univers conduit le croyant à la louange de Dieu (cf. Ps 8.19 : l’univers et tout ce qui s’y trouve est vu comme acte de Dieu). La création dans sa beauté est un message de Dieu (Ps 104). En effet, selon la pensée de l’homme de la Bible, Dieu ne crée l’histoire en soi. En créant l’univers et en appelant le genre humain à l’existence, Dieu suscite en même temps une histoire du Salut (Ps 136, 93-99). En acclamant le Dieu qui a fait le ciel et la terre, l’homme est appelé à la louange et à confesser sa foi au Seigneur, Maître du ciel et de la terre qui est le Créateur et le Garant sûr de son Histoire et de son Salut.

Espérance en la vie
La résurrection de Jésus manifeste qu’après la mort il existe un monde à venir. En fait, la résurrection, à la fois, affirme et nie la réalité de la mort du néant. La mort comme possibilité est relative car il existe une vie, la vie en sa source est capable d’engloutir, d’anéantir la mort. Et cette vie, c’est le Seigneur Dieu qui a fait sortir Jésus de la mort et le fait entrer dans la vie en plénitude qu’il constitue, vie définitivement victorieuse de la mort.

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La grâce est dans son fond un bienfait dont la gratuité transcende l’entendement. La gratuité de la grâce ne s’observe pas seulement à son origine ; elle accompagne l’être dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il fait. Et pourtant, la liberté humaine n’est aucunement voilée dans la manifestation de la grâce divine. Dieu nous crée libre, en répandant sur nous son Esprit, il accroît notre liberté de le louer par tout ce qui vit et respire. Cet Esprit est donné gratuitement et permet de louer en assemblée de disciples.

Le tableau de la Pentecôte par le Greco que nous trouvons dans l’église de la Mission, illustre l’assemblée des disciples réunis avec Marie au Cénacle cinquante jours après la résurrection de Jésus. Cette scène laisse voir les douze apôtres et au centre la figure de Marie « assise et entourée par le groupe le plus important, se pressant pour former une frise singulière de têtes expressives. » En recevant le don de l’Esprit Saint, Marie tourne les cœurs vers le Seigneur et à la louange.

Exulter en Dieu
Le Magnificat, chant de la servante du Seigneur, offre un exemple d’action de grâce envers ce Dieu qui n’oublie personne. Il offre le salut aux pauvres de cœur, et accomplit toujours ses promesses. Marie ne nous propose-t-elle pas là un modèle de louange envers ce Seigneur qui nous offre encore un moyen d’exister comme communauté de renouvelée ?

Accomplissement de l’alliance du Seigneur
La mission première du Fils de Dieu dans le monde est d’introduire l’humanité dans la communion des Personnes de la Sainte Trinité. Pour le faire, le Christ devait régénérer radicalement tous ceux qui l’accueillent comme leur Frère, leur Seigneur et leur Dieu. C’est ce que souligne déjà saint Jean dans le prologue de son Evangile : « A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu… » (Jn 1, 12a). Cette profonde régénération qui a aussi pour nom filiation adoptive est uniquement le fruit de l’Incarnation et de la Rédemption indissociable par ailleurs du mystère de la grâce.

La filiation adoptive comme fruit essentiel de la grâce
C’est, en définitive, à l’Esprit que revient, en dernière analyse, cette œuvre de filiation adoptive. Et, puisque l’Esprit Saint est principalement celui à qui revient le titre de grâce incréée c’est lui qui réalise au sein des élus du Christ la filiation adoptive voulue par le Père et réalisée par le Fils. Pour pouvoir participer à cette vie, la grâce accordée est toujours suffisante pour tout homme. Mais son efficacité dépend de la collaboration de chacun(e), unique moyen de s’approprier personnellement, ce que le Christ a gagné pour nous universellement.

Avec Marie au Cénacle, nous sommes placés à l’ombre de l’Esprit et capable de nous ouvrir aux motions de l’Esprit et de rendre continuellement grâce pour ses merveilles souvent inespérées.

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Tout est grâce !
Le mot grâce fait advenir spontanément à l’esprit une réalité qui est accordée à un individu sans qu’il y ait un mérite de sa part. Mais ce mot évoque pareillement quelque chose de transcendant à l’homme. Mais pour qui ignore tout du mystère de la grâce, celle-ci peut apparaître comme une réalité étrange ou mieux un don teinté d’ambiguïté comparable au cheval de Troie. Pour le croyant, « rendre grâce au Créateur pour son amour » est tel que l’on ne saurait avoir des doutes sur la libéralité du Dieu qui a fait signe dans l’histoire et qui nous la communique. Si, en effet, le lien intime entre Dieu et l’homme est rendu épiphanique essentiellement par l’auto-communication divine à l’humanité, c’est dans le mystère de la création, comme don, qu’il importe de ‘localiser’ ce lien.

Constat de l’état du monde et des catastrophes
Parler de la grâce en termes de don, c’est courir le risque d’affronter les objections classiques à tout don et plus précisément au don de soi. Pour le monde contemporain en effet, se donner c’est prendre l’autre en otage. En ce sens, le don nie l’importance de la construction de soi et fait violence à autrui. Le don, dit-on, est hypocrite. Et d’ailleurs, le don gratuit est toujours illusoire et trompeur. De plus, le don est orgueilleux. Car, nous nous croyons généreux, alors qu’en réalité, nous tenons le bénéficiaire de notre générosité en otage. Et puisque le don n’est jamais pur, le don de soi est l’hypocrisie. Comment « rendre grâce au Seigneur » face au constat de l’état du monde ou aux actualités avec la peur grandissante de l’apocalypse, les guerres multiples ? Ne faut-il pas lire l’envers du monde pour y découvrir autre chose ?

Oser lever les yeux
La louange est vitale. Elle est une forme de vie. Dieu est vivant et toujours présent. Comment ne pas voir dans toute vie : le don reçu, le don recueilli et le don offert. Chacun de nous reçoit nécessairement quelque chose qu’il est appelé à offrir à son tour. « En réalité, réception et donation constituent les deux faces d’un unique mouvement de don : avant de sortir de soi pour donner, il faut recevoir en soi. Mais la réception fait partie du don ». Malgré le sentiment d’un monde en agonie ou des multiples peurs, il faut oser lever les yeux et regarder avec confiance vers l’horizon que Dieu fait advenir. Cette réalité créée, surnaturelle intérieure à l’homme. le transforme, l’élève, divinise son être et son activité.

Des motifs de l’Action Grâce
La grâce est dans son fond un bienfait dont la gratuité transcende l’entendement. La gratuité de la grâce ne s’observe pas seulement à son origine ; elle accompagne l’être dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il fait. Qu’elle soit exprimée explicitement ou implicitement, la grâce apparaît dans le Nouveau Testament comme expression de l’amour infini de Dieu qui ouvre la porte du salut aux hommes appelés à partager la vie intime de Dieu un et trine. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Il y a certainement plusieurs raisons de « Rendre Grâce » : la Création car Dieu vit que cela était bon ; sa fidélité et son action de Dieu dans les vies. Puisque nous sommes appelés à la communion, il y a la simple présence et les gestes de bonté des autres. Le monde n’est pas seulement une succession de mauvaises nouvelles mais nous apprend aussi à se remplir d’espérance. Enfin cette bonté de Dieu se vit et se manifeste dans la multiculturalité, la diversité et l’annonce de l’évangile de joie au sein de la Mission depuis un siècle.

Le thème de l’année

« A vous d’en être les témoins. » Lc 24, 48

Les disciples qui ont accompagné le Christ sur les chemins de Galilée puis jusqu’à Jérusalem ont été des témoins privilégiés de ses œuvres et de ses paroles. Certains, hommes et femmes, ont pu aussi être témoins de sa résurrection. Au moment de quitter ses amis le jour de l’Ascension, le Christ les invite par cette parole « A vous d’en être les témoins », à porter au monde ce qu’ils viennent de vivre : sa vie, sa mort et sa résurrection. Fortifiés par l’Esprit Saint, ils annonceront la Bonne Nouvelle, cet Evangile transmis jusqu’à nous à travers les siècles.
Cette parole du Christ marque l’envoi des disciples en mission : elle fait passer les témoins de l’Évangile au rang de missionnaires, elle transforme la foi personnelle en un engagement au service de la Parole. Elle marque la naissance de l’Eglise missionnaire.
Aujourd’hui « être témoins du Christ » garde tout son sens, même si nous ne l’avons pas vu de nos yeux. Comme chrétiens, nous sommes tous appelés à accueillir sa Parole, à vivre selon son enseignement et à la faire rayonner par nos actes et nos paroles.
Tout au long de l’année, nous vous proposons de témoigner dans les groupes, dans nos vies, dans nos familles, de ce que Dieu accomplit en nous et dans nos vies. Nous inviterons également divers témoins au fil de nos rencontres afin de nous enrichir de leurs témoignages.

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